Prétendre que les fans du Deus Ex d’origine attendaient ce nouvel opus est un doux euphémisme. N’ayant, pour ma part, jamais réellement pratiqué le soft de Warren Spector, mon degré d’engouement était pratiquement au point mort. Surtout après un premier aperçu raté lors de la Gamescom. Mais par acquis de conscience, je me devais d’accorder une deuxième chance au soft d’Eidos Montreal. Et en général, si seconde tentative il y a, c’est que cela en vaut la chandelle.
Vous êtes Adam Jensen, à la base simple agent de sécurité de Sarif Industries, une multinationale spécialisée dans «l’augmentation » cybernétique. Celui-ci verra son destin basculer le jour ou le QG de Sarif, basé à Detroit, sera le cadre d’une violente attaque organisée par un groupuscule terroriste aux motivations encore obscures. Pratiquement laissé pour mort et endeuillé par la perte d’un être cher à ses yeux, Adam sera néanmoins sauvé grâce à l’implantation d’une interface neurale et de membres synthétiques. Il devient, à partir de ce moment, un augmenté ou encore un « cablé », terme vulgaire utilisé par certains protagonistes rencontrés dans les rues.
Deus Ex HR traite de multiples thèmes, au travers d’un univers cyberpunk très réussi : le bénéfice apporté par la technologie à l’homme, les limites et l’utilisation parfois extrême de la science. Le scénario soulève de nombreuses questions philosophiques et n’hésite pas à juger le comportement et les peurs de l’être humain face à ce monde en pleine mutation. Sans vouloir spoiler, la trame principale s’avère suffisamment riche pour combler tout amateur de science-fiction et d’anticipation. On y retrouve des éléments propres au genre : une ville sombre et au ciel encombré, des gangs armés et dangereux, des groupes financiers totalitaires et une sécurité policière faussement efficace. Du classique, mais du solide.
Abordons maintenant le gameplay atypique mais tout aussi travaillé que nous propose ce Deus Ex. En 2 parties bien distinctes et intuitives ; d’une part la vue subjective lors des phases de déplacements et de tirs et enfin, la vue à la 3ème personne lorsqu’Adam se planque derrière les nombreux obstacles, indispensables à sa progression. L’intérêt de Deus Ex se situe dans la manière dont le jouer va appréhender les différentes phases. Celui-ci pourra tenter une approche brutale au risque de se faire repérer et d’y passer rapidement, bien qu’il suffit d’attendre un court laps de temps pour voir la jauge de vie remonter. Le jeu en devient évidemment plus gratifiant en mode « silencieux », à la manière d’un Splinter Cell. Le rythme en subira les conséquences mais le plaisir de jeu s’en voit alors décuplé. L’arsenal à disposition de Jensen est suffisamment étoffé pour permettre au joueur d’y aller à sa guise. Pistolet 10Mm (avec silencieux de préférence), fusil mitrailleur, Tazer éléctrique, fusil tranquilisant, fusil à pompe, lourd, à plasma, laser… sans compter les grenades (IEM, gaz, fragmentation etc) et les mines, indispensables pour enrayer les robots de sécurités et parfois créer la diversion. Vous disposez également de mouvements spéciaux (leur utilisation est limitée) capable d’éliminer ou de neutraliser jusqu’à 2 ennemis à la fois. Attention, un assassinat violent provoquera souvent une mise en alerte des gardes, intrigué par le bruit. Le système de progression (le joueur gagne des XP à chaque actions déterminantes) permet de débloquer différentes capacités plus ou moins utiles : faciliter le piratage, être invisible un court instant, soulever les objets plus lourds, devenir insensible au gaz ou aux décharges électriques, sauter de haut sans se blesser, systèmes de neutralisation…). Sachez toutefois qu’obtenir toutes les dynamisations est impossible et il faudra parfois bien choisir la voie à emprunter, selon le style de jeu. Bien que cela paraisse très compliqué, il est tout à fait possible de terminer le jeu sans tuer une seule personne, excepté les boss. On notera cependant quelques soucis liés à l’IA des ennemis, qui verse dans l’extrême. Parfois trop (avec une vision d’aigle qui vous repère à 200m), ou alors à l’inverse, pas assez réactifs et même crétins lorsqu’ils aperçoivent un collègue à terre. Le garde va alors se précipiter vers le corps inerte au lieu de déclencher l’alarme générale. Il suffira alors au joueur de s’en occuper sans craintes. Les salles occupées par plusieurs gardes en patrouille offrent pourtant un challenge intéressant, même pour les plus aguerris. Je pourrais écrire encore de nombreuses lignes tellement le jeu s’avère riche en situations, tout en conservant une véritable cohésion graphique/scénaristique et ce, du début à la fin sans jamais s’éloigner de ce degré d’excellence.
Deus Ex octroie une vraie liberté au joueur et notamment lors des phases ouvertes en ville, où l’on peut se balader librement à la recherche de quêtes annexes et ainsi remplir les objectifs via différentes voies, selon ses désirs et aspirations. Comment entrer dans ce bâtiment ? Persuader le garde à l’entrée, passer par le sous-sol, ou même le toit ? A vous de choisir ! A ce sujet, la durée de vie du titre est conséquente, surtout pour un jeu de ce genre (plutôt rare de nos jours) surtout si l’on décide de recommencer le jeu dans un style tout autre.
La réalisation, correcte mais pas éblouissante, bénéficie toutefois d’une direction artistique superbement maîtrisée et d’un level design très inspiré. Autre gros point fort du titre : la bande-son magnifique et idéalement adaptée à l’ambiance très forte. La VF reste correcte sans être exceptionnelle.
Au rayon des déceptions, je pointerai les combats contre les boss, trop bourrins et pas vraiment adapté au style générale du jeu. Mention spéciale à cette demoiselle explosive qui m’aura tenu en échec durant une bonne heure et demie. La dernière partie du titre manque de panache et de bravoure et le « combat » final en devient presque anecdotique.
Rien de bien grave cependant, Deus Ex s’impose d’emblée comme l’un des meilleurs jeux de l’année. Il a tout pour lui : un perso classe à crever, une bonne histoire, un univers fignolé, une bande-son d’enfer, des possibilités de gameplay géniales, une durée de vie conséquente… félicitations et merci aux équipes d’Eidos !
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